Une vie non dictée par les algorithmes, sortez du bocal

Radicalité en ligne, se déconnecter pour retrouver de la nuance

Vous avez remarqué ? Plus notre société est accro aux réseaux sociaux plus la radicalité prend de la place. Nos opinions deviennent tranchées, c’est « soit tout noir, soit tout blanc ». Je pense notamment aux réseaux sociaux qui sont devenus le « SAV de notre vie », un déversoir des malheurs de chacun où les discours de haine pullulent.

 

Vous rajoutez à cela notre hyper-connectivité aux médias sociaux et vous êtes certain d’obtenir une société divisée. Cette mise en scène numérique entraînant multiples radicalisations nous fait perdre notre esprit critique, notre nuance, cela rendant folle notre société.

 

radicalité réseaux sociaux

 

L’extrême renforcement de nos convictions est dicté par « les plateformes de l’expressivité » (comme les appelle le philosophe Eric Sadin) dont les algorithmes ont pour mission de mettre en valeur les postes les plus extrêmes. Pourquoi ? Ce sont eux qui susciteront le plus d’attention, nous procurant ce fameux shoot de dopamine.

 

Je n’invente rien, de nombreuses études le prouvent : les postes ayant le plus de « likes », de commentaires ou étant le plus partagés sont le plus souvent les postes jugés extrêmes. Hélas, la constante consommation de ce type de contenu a tendance à nous couper du monde réel.

 

Radicalité sur les réseaux sociaux : nouvelle habitude de communication

 

Il suffit de regarder votre fil d’actualité. Ne remarquez-vous pas une tendance au raccourci, à la « punchline », pour être à tout prix marquant, voire choquant ? Malheureusement, c’est devenu le comportement à adopter pour passer son message et être mis en avant par les algorithmes des réseaux sociaux.

 

D’ailleurs, cette « communication algorithmique » influence de plus en plus les médias traditionnels où s’opposent sans cesse des individus qui ne peuvent se mettre d’accord. En fait, ces personnes ne veulent pas se mettre d’accord. Vous comprenez, elles pourraient perdre leur influence en ligne ainsi que leurs « followers ».

 

Cette influence du « toujours plus court, toujours plus percutant », modifie notre communication. Je pense notamment aux contenus des médias et à leurs formats. À l’instar de Konbini, qui nourrit sa jeune audience à coup de vidéos très courtes allant de 2 à 5 minutes en moyenne.

 

Car n’oublions pas, le tout est de marquer les esprits en un minimum de temps. Ces formats créent de fortes convictions qui nous privent de critique, nous aveuglent et nous mettent dans des « bulles de filtre ». Un cercle vicieux géré par les algorithmes qui nous montre que ce en quoi nous croyons.

 

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Radicalité en ligne, mais où est passé la nuance ?

 

L’écrivaine Leïla Slimani (prix Goncourt 2016) a récemment bien résumé cette présence croissante de la radicalité qui ne laisse pas de place à la nuance (dans un épisode de l’émission « C politique ») : « Nous sommes tombés dans une culture du clash. Nous n’avons même pas le temps de comprendre ce qu’il se passe qu’une nouvelle polémique née. Nous sommes dans une société qui donne très peu de place à la nuance. »

 

Comment voulez-vous donner une explication objective dans un tweet limité à 280 caractères ou une vidéo de 3 minutes ? L’écrivaine continue en disant que « l’on donne trop d’importance à la radicalité, que la société a besoin d’intelligence, de temps long. »

 

Raymond Aron philosophe du XXème siècle et professeur c’est battu pour une « radicalité de la nuance », donnant place à un monde plus nuancé qui apporterait une politique du doute, de la critique et de la liberté. Il disait en parlant de ses élèves : « Il va de soi que j’essaierai de ne choquer personne ». En fait, la nuance c’est tout ce que les réseaux sociaux ne mettent pas en avant.

 

Une détox digitale pour échapper à la radicalité et renouer avec la nuance

 

Les réseaux sociaux nous mettent en constante relation avec le discours des autres. Des discours souvent haineux qui malgré eux seront mis en avant par les algorithmes, et endurciront nos convictions. Au dépourvu de tous, cette sur-connectivité transforme nos comportements de la vie de tous les jours.

 

Il faut se déconnecter pour sortir de l’instantanéité des médias sociaux qui mettent en avant une culture du clash. Une culture où tout le monde se doit d’avoir un avis tranché. Cette nouvelle communication soumise aux algorithmes mets de côté les temps longs, de réflexion et d’analyse.

 

Il faut se déconnecter pour sortir d’une illusion qui nous fait oublier l’impact négatif des violences exercées en ligne. Un lynchage collectif ayant pour cible quiconque ne partageant pas notre opinion. Un impact négatif dont les conséquences ne disparaissent pas lorsque l’on éteint notre smartphone.

 

Il faut se déconnecter pour sortir d’une vision personnalisée de la vie qui renforce nos convictions et nous enferme dans nos croyances. Nous pouvons ici employer le concept de « clôture informationnelle » de Bougnoux, qui consiste à rester attaché à ses convictions face à de nouvelles informations.

 

Revenir à la nuance c’est comprendre le monde. Qui a vu venir la montée de Donald Trump, du Brexit ou des gilets jaunes ? N’oublions pas : nous ne croyons que ce que l’on voit, hélas, en ligne, nous ne voyons que ce que l’on croit.