Une vie non dictée par les algorithmes, sortez du bocal

Pourquoi Instagram est nocif pour l’estime de soi ?

Il fut un temps où l’on se contentait de se comparer à notre ainé, au premier de la classe ou à notre idole. Cela a bien changé. En cette époque d’hyper-connectivité et d’Instagram, nous pouvons, en un clic, nous comparer au quotidien des personnes du monde entier. Cela s’avère être nocif pour l’estime de soi.

 

UNE QUANTIFICATION DU « SOI » NOCIVE POUR L’ESTIME

Non seulement les réseaux sociaux nous ont donné une visibilité aveuglante mais ils ont su mesurer notre « soi », pour nous comparer à autrui, de façon infinie.

 

Inévitablement, s’en suit une hyper-comparaison à l’inconnu, qui endommage notre estime de soi. Je me demande ce que le philosophe Spinoza en aurait pensé lui qui disait : « L’aveugle, tant qu’il s’abstient de se mesurer à ceux qui voient, ne se sent nullement imparfait ». C’est l’opposé du monde connecté dans lequel nous vivons où nous ne pouvons que nous sentir imparfait.

 

INSTAGRAM ESTIME DE SOI
Quantification du « soi » – © BlackMirror

 

 

UNE COMPARAISON ALGORITHMIQUE MAUVAISE POUR LA SANTÉ MENTALE

 

Les réseaux sociaux ont bouleversé notre façon de nous comparer aux autres. Une caractéristique leur étant commune (qui différencie la comparaison réelle de la comparaison en ligne) est qu’ils ont su quantifier de manière précise l’individu.

 

Effectivement, leurs algorithmes ont besoin de nos données personnelles afin de toujours mieux classer les contenus. C’est pourquoi, de nombreuses fonctionnalités sont nées : le like, le nombre de vues, les commentaires, les partages et j’en passe.

 

Chaque plateforme à sa propre manière de classifier les contenus adaptés à nos différents besoins : TripAdvisor des restaurants, Waze des itinéraires et Spotify des musiques. En revanche, Instagram classifie des personnes, il nous classifie. Malgré cela, nous sommes toujours aussi accros car cette plateforme nourrit l’un de nos besoins les plus chers selon Maslow : l’estime de soi.

 

INSTAGRAM PYRAMIDE DE MASLOW ESTIME DE SOI
Les réseaux sociaux au sommet de la Pyramide de Maslow

 

Alors, sur la base des informations personnelles que le réseau social extrait, sont effectués des classements qui définiront ce que nous devons voir et ce à quoi nous devons nous comparer. Inévitablement ces comparaisons influencent l’image de soi.

 

UNE COMPARAISON QUI BANALISE L’EXCELLENCE

Cette manie de vouloir tout classer selon nos besoins a banalisé l’excellence. Les algorithmes nous font quotidiennement consommer les meilleures photos, les meilleures vidéos, les meilleurs tweets… Alors une règle s’impose à nous tous, si nous voulons être visible : nous devons plaire aux algorithmes, nous devons être parfaits.

 

Ce qui est toxique pour l’estime de soi. Pour reprendre les paroles du psychologue Herbert W. Marsh « lorsque nous nous comparons, nous avons l’impression de n’être que parmi les gros poissons ». Hélas, sur internet il y aura toujours plus gros poisson que soi, toujours meilleur que soi. Ce qui vient aggraver notre sentiment d’infériorité.

 

Nous l’avons compris, faire face au quotidien à tant de perfection peut nous immobiliser et nous transmettre un sentiment d’inutilité. Car à quoi bon s’embêter, nous ne serons jamais au sommet du fil d’actualité.

 

UNE COMPARAISON IRRÉELLE, QUI FRAGILISE L’ESTIME DE SOI

Ne nous méprenons pas. Il est bon de se comparer. Quand cela permet l’amélioration de l’image de soi. Or, la comparaison devient néfaste pour la santé mentale lorsqu’elle est intense et repose sur une illusion, une fausse réalité. En fait : plus nous passons de temps ligne, plus nous confondons la vie des réseaux sociaux avec la vraie vie.

 

Tips : Une utilisation supérieure à 30 minutes par jour est décrite comme toxique pour l’image de soi et peut devenir source d’anxiété, voire de dépression.

 

INSTAGRAM TEMPS PASSÉ
Au-delà de 30 minutes d’utilisation les réseaux sociaux deviennent nocifs

 

Pourquoi avoir ici utilisé l’expression « comparaison irréelle » ? Car nous le savons, Instagram, c’est avant tout : « une idéalisation du quotidien », une sorte de Trumanshow qui cache un rendement juteux.

 

Je pense particulièrement à la mise en évidence d’un nouveau type de personne : les influenceurs. Leur fonds de commerce repose sur la marchandisation de leur vie privée, ils affichent sur la plateforme leur « vie parfaite ». Il suffit de jeter un coup d’œil sur leur profil pour assister à « la mise en scène de leur vie quotidienne » pour faire référence à l’ouvrage du sociologue Erving Goffman.

 

LA VIE FILTRÉE DES INFLUENCEURS INSTAGRAM

Pour parfaire le marketing de la vie des influenceurs, Instagram met à disposition des outils qui, certes, paraissent anodins mais qui permettent d’idéaliser l’image de soi (en un clic) : les filtres. De plus la plateforme ne permet pas de faire de longues vidéos, de peur que l’utilisateur découvre des facettes ennuyeuses de la vie des influenceurs. Alors oui une vidéo de 10 secondes à Dubaï ne peut que faire rêver.

 

Il faut réaliser que nous comparons notre vie réelle à des vidéos de quelques secondes d’une personne jamais rencontrée (qui peut s’inventer une vie). Cette comparaison risque de faire perdre toute vision réaliste de son apparence et d’entrainer d’importants complexes physiques. Notamment chez les jeunes générations qui ne font plus de différence entre leur quotidien et le quotidien des stars d’instagram.

 

Ce malaise peut se traduire par une baisse de l’estime de soi, ce qui explique une demande toujours plus importante des jeunes pour la chirurgie esthétique. « Car eux aussi veulent une vie filtrée. »

 

L’ESTIME DE SOI MENACÉE ?

D’après le psychologue Christophe André, l’estime de soi est « la manière dont on se voit et dont on se juge » ou encore « un sociomètre : comment je me situe par rapport aux autres ? ».

 

Mais comment s’évaluer convenablement lorsque nos références reposent sur un idéal irréel ? Une sorte d’utopie toxique qui déboussole l’estime de soi, la laissant, perdue entre le monde hors-ligne et en-ligne.