Une vie non dictée par les algorithmes, sortez du bocal

Bulle de filtres, c’est tout ce que j’aime !

Les réseaux sociaux sont le McDonald de la pensée. Ils nous servent « tout ce qu’on aime ».

 

Pour toujours plus capter notre attention, les géants du web doivent nous proposer une expérience utilisateur irréprochable. Une des techniques favorites de leurs algorithmes est de nous flatter. Comment ? En nous mettant dans une bulle ! Ils nous amadouent grâce à des contenus qui consolident nos opinions et menace notre démocratie.  Le militant Eli Parser appelle cela : une bulle de filtres.

 

BULLE DE FILTRE RÉSEAUX SOCIAUX

 

C’est ainsi que le fil d’actualité de Facebook nous donne des airs de génie. Chaque information nous prouve à quel point notre vision du monde est juste. C’est si agréable que nous restons des heures sur les réseaux sociaux. Ils nous hypnotisent à coup d’informations soi-disant pertinentes. La vérité c’est que l’algorithme nous a enfermé dans une bulle d’information personnalisée qui nous éloigne de la réalité.

 

BULLE DE FILTRES, NOTRE CAVERNE DE PLATON

Vous croyez être maître de l’information que vous regardez en ligne ? Désolé de vous décevoir mais les géants du web tels : Google et Facebook, s’efforcent de filtrer leurs contenus pour qu’aucune information ne vienne contredire votre opinion, de peur que cela vous dérange et que vous mettiez fin à votre relation avec les réseaux sociaux.

 

Nous le savons, chaque individu possède un « feed » personnalisé, reflétant tout ce qu’il aime. Pourquoi Facebook vous montrerait des vidéos mettant en valeur l’industrie agroalimentaire de la viande alors que vous êtes pro-vegan ? Votre temps d’attention envers la plateforme numérique diminuerait fortement et ce n’est pas dans l’intérêt de son business model !

 

Cette personnalisation de l’information appelée « bulle de filtres » par Elie Parser connait une croissance fulgurante à l’ère des réseaux sociaux. Mais cette faculté de croire que notre opinion est la seule vérité fut déjà illustrée par le philosophe Platon au 7ème siècle dans « l’Allégorie de la caverne ».

 

Il y décrit l’ignorance d’un groupe d’hommes ayant toujours vécu dans une grotte. Lorsque l’un d’entre eux, intrigué par la lumière du soleil, décide de sortir, il se fait violemment éblouir. Dès lors, il est confronté au dilemme de découvrir le monde extérieur et souffrir, ou faire marche arrière et retourner dans son cocon d’ignorance.

 

BULLE DE FILTRE RÉSEAUX SOCIAUX ALGORITHMES

 

Si Platon avait connu le 21ème siècle, Facebook (et tant d’autres) serait la caverne. Quant au soleil, lui, représenterait les informations que le réseau social évite de nous montrer. C’est quand même paradoxal de penser qu’en ces temps d’hyper-connectivité, nous sommes chacun enfermé, dans notre propre caverne.

 

BULLE DE FILTRES, DÉMOCRATIE EN DANGER ?

Nous l’avons compris, les réseaux sociaux nous mettent en lien avec tout ce qui nous ressemble, que ce soit : des images, des vidéos ou des personnes. Il n’est pas exagéré d’assimiler ce concept à une propagande utilisant le culte de la personnalité pour nous rendre accro. Ce qui, par conséquence, devient néfaste pour la démocratie.
Je m’explique.

 

Tous les jours nous faisons face à une propagande algorithmique sans nous en rendre compte. Les plateformes sociales propagent des opinions, des idéologies personnalisées dans le but de nous persuader que le point de vue que nous portons est le bon.

 

Cette technique de persuasion est au cœur du design de ces applications numériques, à l’image de la création d’un laboratoire des technologies de la persuasion, « Persuasive Technology Lab » dans le campus de la prestigieuse « Stanford University ».

 

Cette propagande numérique met en avant le culte de la personnalité. Celui-ci vient entretenir la confiance entre les médias sociaux et l’utilisateur en adulant ce-dernier. Un culte qui ne laisse apparaitre que notre propre reflet à travers l’écran. Ainsi, nous nous croyons tout puissant dans ce monde en ligne qui n’ose nous contredire.

 

BULLE DE FILTRE RÉSEAUX SOCIAUX PROPAGANDE

 

Malheureusement, il semblerait que nous sommes plutôt hypnotisés par ces technologies. Bruno Patino dans son livre « La civilisation du poisson rouge » y fait référence : « En suivant aveuglement les algorithmes, croyant à leurs promesses, ils ont fait de nous des somnambules. »

 

  • Vous ne vous sentez pas joli aujourd’hui ? Instagram vous proposera un filtres qui rendra votre teint de peau parfait.
  • Vous ne vous sentez pas aimé ? Tinder vous fera rencontrer les personnes qui vous aimerons.
  • Vous ne vous sentez pas intégré dans la société ? Facebook vous proposera un groupe de personnes partageant vos convictions.

 

Mais attention ! Si par malheur nous croisons des contradictions, nous nous défendrons en véhiculant des « fakenews ». Ces fameuses « fausses nouvelles » qui apparaissent lorsque deux bulles de filtres opposées se rencontrent. En fait, elles illustrent parfaitement une frustration due à la déconnexion entre individus.

 

Elles viennent décrédibiliser la réalité de l’autre. Malheureusement, bien que leur contenu soit souvent radical et diffamatoire, nous n’hésitons pas à les partager. De plus, leur aspect original et surprenant fait qu’elles se propagent plus rapidement que la vérité.

 

Au final, la bulle qui gagnera la bataille d’opinion sera celle qui aura reçu le plus de soutien sur les réseaux sociaux. Car à l’ère numérique ce n’est pas les faits qui l’emportent mais l’information la plus partagée. Hélas ce n’est pas sans conséquence pour la démocratie. Comment réunir des personnes de la même nation dont les propres convictions sont sans-cesse solidifiées par une propagande ?

 

BULLE DE FILTRES, DE NOMBREUX EXEMPLES CES DERNIÈRES ANNÉES

Nous l’avons dit, lorsque notre bulle de filtres est remise en question, nous nous réconfortons auprès de « fakenews » propagées sur Facebook et d’autres réseaux sociaux. Ces fausses nouvelles que nous côtoyons tous les jours mettent en valeur des faits qui ne sont pas réels dont le but est de changer des points de vue de manière radicale pour déstabiliser notre démocratie.

 

Je pense notamment aux informations d’origine Russe qui ont inondé les réseaux sociaux pendant les élections Américaines 2016. Des fausses informations qui remettaient en cause la démocratie à coup de vidéos conspirationnistes afin de démotiver les citoyens d’aller voter.

 

Le Washington Post en a fait un article :

« La campagne russe (…) a fonctionné autour de la fascination du monde virtuel pour le contenu “qui buzz”, surprenant et émotionnellement puissant. Elle s’articule autour de théories du complot qui font croire que des forces secrètes sont derrière les événements mondiaux. »

 

Mais au-delà du simple contenu relayant une fausse information, nous pouvons aussi illustrer les « fakenews » par le fossé qu’il y a entre notre propre vérité et la réalité. Une fracture qui ne cesse d’augmenter à cause de cette « propagande personnalisée » dictée par les médias sociaux.

 

Comment se fait-il que sur 200 médias Américains, 194 avaient prédit la victoire d’Hilary Clinton en 2016 ? Comment cela se fait-il que dans un monde hyper-connecté, les classes sociales supérieures américaines se sont demandées d’où venait cette vague de supporters de Trump ?

 

Nous pouvons dire la même chose sur le mouvement des gilets jaunes. Une grande partie de la France, notamment les grandes villes ne comprennent pas leur discours car elles ignorent tout de la précarité de ces manifestants. Facebook ne leur a pas montré.

 

BULLE DE FILTRES & BATAILLE DE FAKENEWS

Pendant ces évènements, les réseaux sociaux se transforment en terrains de bataille de « fakenews » entre un point de vue subjectif nourri par une bulle de filtres. Une bataille qui crée le doute et la paranoïa chez les citoyens, tout en affaiblissant notre espace démocratique.

 

BULLE DE FILTRE ET FAKENEWS

 

J’aimerais terminer cette partie en disant que si les « fakenews » apparaissent lorsqu’il y a une différence entre la vérité de chacun et la réalité, alors ces « fausses informations » ont toujours existé. À titre d’exemple, je citerai un article qui explique la différence entre vérité et réalité :

 

« Quand le cinéaste James Cameron interrogea les derniers survivants du naufrage du Titanic, il pensait récolter les informations qui permettraient de reconstituer fidèlement la réalité. Il récolta une foule de témoignages si contradictoires qu’il déclara avoir l’impression d’assister à un concert d’hallucinations. »

 

Le fossé entre vérité subjective et réalité, n’est-il pas le concept de fakenews ? Les géants numériques comme Facebook et Google, nourrissent la bulle de filtres de chacun en proposant des contenus personnalisés que nous aimons. Cela forme une cascade d’informations subjectives que nous assimilons à une propagande utilisant le culte de la personnalité pour nous séduire. Dans le but de capter notre attention.

 

Des activistes comme Eli Parser se battent pour sensibiliser le monde à la création de ces bulles qui creusent l’écart entre vérité et réalité. Une déconnexion nourrit de « fakenews » qui menace nos valeurs communes, notre nation et notre démocratie.